November 6, 2017 – 11:44 am

 

 Il y a deux ans (peut-être plus, ma mémoire flanche) Matthieu Epp s’est dit “ah tiens, pourquoi ne pas porter l’Iliade sur les planches et demander à un auteur de bosser dessus ?”. L’auteur, c’était moi. Demain se joue la première de 

Troi(e)s

 

Avec Matthieu Epp (voix), Anil Eraslan (violoncelle), Fred Guérin (batterie). Si tu es du côté de Saverne, viens !

En prime, je te donne ma note d’intention :

« Les jeunes sont de nouveau prêts pour la guerre ». Voici ce que constatait le géo-politologue Jean-Christophe Victor au terme d’une série d’interventions en lycée. J’ai entamé mon travail chargée de ce constat. Pour moi, raconter la guerre de Troie, c’était raconter, de biais, les enjeux de la géopolitique du XXIe siècle. Par ailleurs, je pensais devoir offrir un point de vue. Anouilh y chercha le pacifisme. Weil l’engagement. Borges la beauté. Baricco l’humanisme. Bradley le féminisme. Simmons le transhumanisme… Je pensais devoir attaquer cette fresque depuis ma petite encoche incrustée à la ligne du temps.

Rapidement, cet angle de vue m’a gênée. Il m’empêchait de faire le point. La chose que j’examinais demeurait floue, lointaine. Je ne comprenais pas.

J’ai donc délaissé les faits — pourtant laborieusement assimilés — pour comprendre. Comprendre les motivations des personnages sans en ôter la beauté à coups de dérision ethnocentrée. Héra n’est une cocue caractérielle qu’aux yeux du petit bourgeois supposément monogame. Achille n’est un fils à maman capricieux qu’aux yeux du noble biberonné aux idéaux saliques. Je ne voulais pas être coupable de ceci. Inique, froide, distante. Je ne voulais pas ajouter mon prisme. Un de plus. Ni plus éclairé ni plus éclairant que tous les autres.

Et puis j’avais profondément envie de faire ressentir la chaleur étouffante, la mer omniprésente, la plaine sèche, la sueur de l’attente, les nuits d’insomnie et le sang, le sang des hommes et des bêtes comme une offrande à l’indicible. Palper l’essence de ce que nous partageons avec les Grecs anciens : l’être au monde.

Chaque épisode, je l’ai donc désassemblé et réassemblé, disséqué et réanimé. Au lieu de piocher à la va-vite ce qu’il y a de supposément contemporain chez les Grecs anciens, j’ai voulu comprendre ce qu’il y a de grec ancien en moi.

Épurer. Ciseler. Ne garder que : la peur de mourir, le besoin d’appartenir, l’appel de l’immanence. Naviguer entre s’accomplir et risquer n’être rien. Exister au mieux, sans ployer. Rester vertical, mais petit. Se saôuler de ne pas tout contenir.

Raconter la guerre de Troie, c’est raconter une histoire. 

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