Carnet

Sophie

Sophie

You know her haircut. The lack of symmetry, the far-stretched nonacceptance. You know her and her kind.
Sophie.
For some time she was your Night Mare, the one running at night and sucking the air out of your mouth.
And yet here you are, perplexed, before her tomb. She never had anywhere else to go, really. She could have become. An aunt. A disastrous Sunday painter. The crafty of the band. Journalist. Sire to a group of night-winged writers.
No.
She is half an afterlife prison in the airy Friedhof am Perlacher Forst. Hope and despair: the right mélange. Half-half when you were only filled with syrupy…

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You have forgotten what filled you then. You solely remember the texture of it. Thick and sweet. Not a nice sweet.
You do not deserve to cry before her branchy tomb that is only half of one, the other half being Hans, the brother.
You do not deserve this unlocking release. The reflexive beauty of liquid sadness. Too innocent, immature and wet. Too much like Sophie. Unreif. You are reif. Withered. Battered.

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A woman comes. She brought a pebble engraved with a silly rimy thing that makes your heart squeeze your lungs in an effort not to laugh. Did she see the monument to the victims of nazism, a few feet away? How devastated and overgrown? Amidst the flat gravestones which bear no name, a mossy fountain.
Not the good kind of moss.
A broken fountain.
Someone has put a rusty pipe on top. Is this piece of junk guilty? Will cleaning this pipe, scraping this pipe, replacing this pipe rejuvenate the structure? Make it surge? What if it is too late and nothing can be done?
February 1943.
It is a broken spring.

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The woman leaves. We pass each other. She did not see you like I do. She has no eyes for ghosts. Most people do not.
The cemeteries are not the most spirit-crowded places. The only one floating in here is you.As a matter of fact, I cannot speak for you. I do not read your mind. No more than I can the living.

Yet I know who you are.

Jakob Schmid. February 1943. 18th. 11:15. You see Sophie and Hans throwing leaflets on the pavements. You are the janitor. This is your University. These are your pavements. You shout at them. They do not try to escape. You bring them to Albert Scheithammer. Who brings them to Ernst Haeffner. Who calls the Gestapo. You are thanked. You receive 3000 RM. You are hurrahed. You salute the crowd, stretching your right arm into this echoing void that swallows every streched arm. After the war, you tell the judge it was simply forbidden. To throw leaflets. You grabbing the kids had nothing to do with politics. Only with respect.

On 21 February 1943, one day before her beheading, Sophie Scholl tells the judge:

Somebody, after all, had to make a start.

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Porter nos voix

Volutes c’est un podcast pour penser les imaginaires politiques. On vous propose de plonger dans les pensées d’auteurs et d’autrices qui combinent créativité, puissance des mots et engagement politique. Dans ce premier épisode, luvan, autrice, raconte comment porter sa voix, tant politique que créative.

Stuart Calvo et Martin Bodrero m'ont donné carte blanche pour ce premier épisode.

Mes invitées :

  • Iris Lafon est chercheuse en histoire de l’art contemporain et commissaire d’exposition indépendante. Elle travaille en particulier sur le domaine de la fan-fiction.
  • Valérie Leclercq, alias Half Asleep est musicienne. Elle est également historienne.
  • Ensemble, Valérie et Iris sont curatrices du projet Ladestructiondesespacesvides.

Nous nous sommes demandé comment habiter le chœur mondial, faire qu’il sonne toujours mieux. Comment le laisser habiter. Et puis ce qui grésille, ce qui manque. Les failles autour desquelles il se construit, et qui le constituent en creux. Dans ce premier épisode, il est question de fan fiction, d’archives queer, des inconnues de l’histoire, de musique et de poésie. On y entend en avant-première des extraits du prochain album de Half Asleep, The Minute Hours / Les Heures Secondes.

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Almanach1509

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Cassandre

Composé pour le spectacle Troi(e)s et publié dans le beau livre TROIE Cassandre a commencé une autre vie sur Internet.

Un récit s'écrivant sous vos yeux, à la vitesse où je l'entends.

C'est ici.
APPUYEZ SUR LA BARRE ESPACE pour lancer l'animation.

Codé en Markdown par Nico Chesnais

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Les Pierres

Les Pierres est un texte de nonfiction intéractive consacré aux peintres de nature allemands de la fin du XIXème siècle.

C'est gratuit et propulsé ici-même ou depuis le site du Feu Sacré, qui a édité ce texte sous la référence : LFS0X1.

Voici ce qu'en dit Aurélien Lemant :

Dans ce dédale de galeries d’art de la Lebenbachhaus de Munich où s’enchevêtrent en arborescences muséales les œuvres exposées, leurs auteurs et les rêveries qu’ils produisent, la narratrice se démultiplie en autant de points de vue qu’il existe de façons de regarder. Partout où elle(s) pose(nt) les yeux dans cet ordre virtuel inspiré par le chaos, ça sent la roche, le minerai, la pierraille qui, jadis portée à même la bouche, appelle une transformation de la langue pour écrire ce qu’elle fait à l’œil.

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Almanach 2019

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Another Communist Horror Story

"Another Communist Horror Story is another communist horror story about child labour, deep mining, gold lust, human sacrifice and antediluvian entities lurking in the dark."

Composed for Radia.

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Tako Tsubo 1/2

Tu entres dans un gymnase. Ça sent à parts égales le bois et le plastique. Le bruit des gymnases, du dehors, s’annonce caverneux et sourd. Brut, un fleuve sans lacet. Tu as des photographies en tête, mais pas de bruit. Photographies de femmes et d’hommes nus qui dansent au sommet froid d’une montagne froide du Tessin. Monte Veritá. Des corps balancent, noirs et blancs, qui n’ont aucune voix. Tu peines à les imaginer râler. Pourtant ils soulèvent des poids et courent, dansent. Dans les films de super héros non plus, on n’entend jamais les bronches épuisées se soulager. La petite agonie de ne pas avoir assez d’air n’existe pas à l’Hollywood des grands singes. Ici non plus, dans ce gymnase. Tu entres et HA. Des photos de nus expressionnistes, antiques et silencieux en tête, tu es surprise de la clameur de ces presquenus-ci et tu grinces. Du dehors, en façade, des statues massives et musclées donnaient l’illusion auditive d’un boucan minéral et net, qui laisse peu au désordre, tient de la hanche droite, tient du Black et Decker, du bracelet de force. Tu entres et rien de tel. Pas de grognement. Mais des cris suraigus qui font à tes oreilles comme la poudre explosive quand tu termines un bonbon explosif. Tout à la fin. La surprise. Une palpitation mince, rapide, hachée, qui te fendille la langue sur un plan microscopique. Tu entres dans ce gymnase et c’est tout pareil à l’oreille. Pas le lourd attendu d’un Conan en ruth d’épée, mais au contraire un filet qui s’étire à s’en évaporer la fibre. Suivi d’un autre. Les tympans étourdis, tu prends du temps à comprendre. Ici se déroulent les championnats de Kendo féminin. Les combattantes hurlent et ta nuque se soulève de duvet dru. Toute ta nuque. Le reste de ton dos suivrait s’il était poilu. Tu es entrée dans le cri des femmes, sans défiance, par la porte soutenue de nus masculins si musclés qu’ils semblent éventrés. Les cris te hissent par les poils, des larmes te viennent aux yeux, comme sous l’onction piquante d’un piment. Tu es entrée dans le cri des femmes. Tu as déjà vu des compétitions masculines de Kendo. Leurs cris, leurs Kiai étaient différents. Comme creux. Comme des bagues dont on aurait ôté le diamant ou une flamme d’allumette handicapée très petite, dont on aurait extrait la partie bleue. Kiai signifie concentration d’énergie. Tu te dis qu’en français Kiai et Cri sonnent pareil, mais Ki sonne encore mieux. Comme Ankou sonne mieux que mort, Aïe que douleur, Amok que folie. Et Shrei encore mieux que Kiai et Cri réunis, et par là que Cry. Mais grosso modo, Cri sonne mieux que Hurle. Hurle serait à Conan ce que le Kiai serait à la kenshi.
Au détour d’Internet, à la recherche d’instruments archéologiques, tu as découvert le son terrifiant du Sifflet de Mort aztèque. Un petit pipeau de glaise, trappu, à l’allure de verre à cocktail Hawaï façon tiki-tiki. Il t’a retourné la peau du dos, tout comme le Kiai des femmes kenshi. Tout pareil, effrayant parce que strident. En cherchant la trace de cet instrument, tu tombes par hasard sur un site retraçant l’histoire des cris de guerre. Tu penses lire ce que tu sais déjà et confirmer ce que tu as subitement compris dans ta chair en débarquant sans invitation dans cette compétition de Kendo. Les Harpies. Les Banshees. Querelle de Babylone. Discorde de Grèce. « […] la Discorde infatigable / Tout à la fois compagne et sœur de l’homicide Arès, /Qui d’abord se dresse timidement, mais qui bientôt / Touche du front le ciel et de ses pieds foule la terre. » « Enyó est accompagnée du tumulte affreux des batailles ». Les Grecs avaient une déesse à part pour le cri de guerre. La bien nommée Alala. Tu penses aussi immanquablement à la chevauchée des Walkyries et au début du très célèbre acte III de La Walkyrie, de Wagner, que tu écoutais totalement transie, toute petite, sur la chaîne de tout père. Tu ne comprenais pas l’Allemand, alors. Tu pensais que les paroles de Gerhilde, que tu décryptais sur le livret, étaient ultra puissantes. Hojotoho ! Hojotoho ! Heiaha ! Heiaha ! ; Son écho chez Helmwige : Hojotoho ! Hojotoho ! Heiaha ! Puis chez toutes les autres : Heiaha ! Heiaha ! Plus tard, tu as découvert qu’il ne s’agissait « que » de cris. Et tu as compris pourquoi on ne les sous-titrait jamais. Enfin. Tu lis avec avidité le site apparu par hasard et rien. Aucun nom féminin. Tu clignes plusieurs fois des yeux, interloquée, comme tu as vu faire les gens dans les séries américaines, et tu penses seulement à regarder le titre du site. The Art Of Manliness. Ah oui, forcément. Tu y apprends que pour augmenter ta testostérone, tu dois manger équilibré, prendre de la vitamine D, faire du sport, mais pas trop, bien dormir, gérer ton stress, éviter certains produits chimiques dont tu lis pour la première fois le nom, avoir des relations sexuelles plus fréquentes (le site devine donc la fréquence des rapports sexuels de chacun de ses visiteurs et en déduit immanquablement qu’il lui en faut plus) et prendre des douches froides.

Un jour, en cours de I-ai, tu as poussé un Kiai. Yuki, qui organisait l’exercice, ne t’a pas avertie de ce qui sortirait. Elle a dit : « par le thorax ». Tu as fait ton geste (un coup à la tête) et crié du thorax. Tu as perdu le contrôle de ta force. Ton sabre en bois a fendu le parquet. Tu as pleuré. Enfin pas vraiment. Tu as fui par les yeux plutôt. Le silence, très long, qui a suivi ton kata, tu ne l’oublieras pas. Le visage des autres, blanc. Tu lis les commentaires sous une vidéo de championnat féminin de Kendo. Au Kendo, apprends-tu, il existe trois Kiai. Seulement trois ? Un par type de coup. Ils sont obligatoires. Si tu touches sans crier, ton coup ne compte pas. Tu gagnes par le cri. Les commentaires sont unanimes. Les filles font plus peur que les garçons. Les filles se battent mieux. Les filles se battent pour de vrai. Pour de vrai.

Ce texte est la première entrée d’un journal de recherche réalisé dans le cadre du projet radio Tako Tsubo, créé avec Chloé Despax et Lenka Luptáková, et faisant partie de la série FFR.

Le Ki-Ai
Women Kendo Championships 2010 - Final
KENDO 16th World Championships - WOMEN

Le Sifflet de mort aztèque

Comment fabriquer son propre Sifflet de mort.

L’Acte III de la Walkyrie par le duo Boulez-Chéreau

L’art d’être un homme

Je ne sais pas qui a peint l’aquarelle de la déesse Alala.

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